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Jacques le fataliste, de Denis Diderot (extrait)

Composé de 1771 à 1783, Jacques le fataliste et son maître se signale par sa liberté de ton : le récit y est sans cesse entrecoupé de considérations de l'auteur, qui semble relancer la narration selon son bon plaisir.

Jacques commença l'histoire de ses amours. C'était l'après-dîner: il faisait un temps lourd ; son maître s'endormit. La nuit les surprit au milieu des champs; les voilà fourvoyés. Voilà le maître dans une colère terrible et tombant à grands coups de fouet sur son valet, et le pauvre diable disant à chaque coup: « Celui-là était apparemment encore écrit là-haut... »

Vous voyez, lecteur, que je suis en beau chemin, et qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous faire attendre un an, deux ans, trois ans, le récit des amours de Jacques, en le séparant de son maître et en leur faisant courir à chacun tous les hasards qu'il me plairait. Qu'est-ce qui m'empêcherait de marier le maître et de le faire cocu ? d'embarquer Jacques pour les îles ? d'y conduire son maître ? de les ramener tous les deux en France sur le même vaisseau ? Qu'il est facile de faire des contes ! Mais ils en seront quittes l'un et l'autre pour une mauvaise nuit, et vous pour ce délai.

Source : Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître (extrait)



Pour citer l'article : « Jacques le fataliste, de Denis Diderot (extrait) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://junior.universalis.fr/document/jacques-le-fataliste-de-denis-diderot-extrait/

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