SPINOZA, Baruch (1632-1677)

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Spinoza fut un philosophe hollandais du XVIIe siècle dont les réflexions sur la métaphysique, les passions humaines ou encore le pouvoir politique ont contribué à fonder les bases de la philosophie moderne.

Baruch Spinoza - crédits : AKG-Images

Baruch Spinoza

Né le 24 novembre 1632 à Amsterdam (Provinces-Unies, aujourd’hui aux Pays-Bas), un an avant le procès de Galilée (1633), et cinq ans avant la publication du Discours de la méthode de René Descartes (1637), Baruch Spinoza appartient à la communauté juive séfarade d’Amsterdam, qui a fui le Portugal et l’Inquisition. Après des études dans des écoles talmudiques, il prend rapidement ses distances avec la religion juive, d’une part en fréquentant les libres-penseurs de la ville et, d’autre part, en étudiant le latin, ce qui lui donne accès aux ouvrages de nombreux savants et philosophes.

Toutefois, cette émancipation intellectuelle est très mal acceptée par sa communauté. En 1656, à l’âge de vingt-quatre ans, Spinoza subit le violent cérémonial du herem (ou cherem, « malédiction » en hébreu) qui l’exclut de la communauté[...]

Fascination et rejet envers René Descartes

Spinoza a développé sa philosophie notamment après avoir découvert la pensée de René Descartes (1596-1650). Il vouait une grande admiration à ce philosophe français qui vécut une partie de sa vie en Hollande. Malgré cette forte influence, Spinoza s’est éloigné de la pensée cartésienne pour construire une des métaphysiques parmi les plus complètes qui soient. Près de trois siècles plus tard, le philosophe français Henri Bergson (1859-1941) affirmera d’ailleurs que « tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza ». Bergson signifie par-là que, si un philosophe ne parvenait pas à construire son propre système de pensée, il trouverait chez Spinoza un modèle d’une rigueur et d’une cohérence sans équivalent.

Ce que Spinoza rejette dans la pensée de Descartes, c’est tout d’abord son anthropocentrisme. Ainsi, tandis que Descartes considère le sujet pensant par lui-même comme première certitude, Spinoza commence le premier livre de son Éthique par Dieu : « Deus sive Natura » (« Dieu, autrement dit la Nature »). En effet, si Dieu est infini (propriété reconnue à la fois par le judaïsme et par le christianisme), il n’y aucun sens à concevoir un monde existant « en dehors » de Dieu, car cela transformerait mécaniquement le Dieu infini en un Dieu fini, limité. Pour Spinoza, Dieu n’est pas au-dessus de la Nature. L’homme doit donc absolument éviter de se prendre pour « un empire dans un empire » (Éthique), dans la mesure où il n’est qu’une partie de cette Nature.

Sans remettre en cause l’idée de liberté, qui devient chez lui « libération », Spinoza s’oppose aussi au libre arbitre de Descartes selon lequel l’homme dispose d’une volonté libre[...]

La substance unique et ses attributs

Si la pensée et l’étendue ne sont pas des substances, Descartes a cependant le mérite, d’après Spinoza, de les considérer comme les deux seules dimensions de la réalité auxquelles nous avons accès. Car, pour Spinoza, la pensée et l’étendue sont des « attributs » de l’unique substance. Le mot « attributs » doit être d’abord pris dans un sens grammatical : sujet / verbe / attribut. L’attribut, c’est ce que nous disons de la substance à un moment donné.

Selon Spinoza, il existe donc une unique substance et une infinité d’attributs, parmi lesquels seules la pensée (à laquelle nous accédons par le biais de notre âme) et l’étendue (à laquelle nous accédons par l’expérience de notre corps et par notre sensibilité) nous sont accessibles. Les représentations inadéquates[...]

Seule la connaissance nous libère et donne accès au bonheur

D’après Spinoza, nous devons apprendre à identifier les causes, notamment celles de nos passions, qui sont la source principale de nos souffrances et de notre ignorance. Cette meilleure compréhension de nous et du monde augmente notre puissance d’action, ce qui nous rend plus heureux et nous permet de mieux vivre ensemble. S’il n’y a pas à proprement parler d’« erreur » possible dans le système de Spinoza, ce qui reviendrait à introduire de l’insuffisance en Dieu lui-même, il existe des perceptions inadéquates biaisées par nos passions. Il est inconcevable pour le philosophe de parvenir au bonheur avec de telles perceptions. Il est de même impossible d’être réellement actif avec des pensées inadéquates.

Ce qui est vrai pour l’individu l’est aussi pour le groupe : dans son Traité théologico-politique, puis dans son Traité politique, Spinoza montre comment un peuple éduqué, qui est convié par le pouvoir à s’exprimer et à donner son avis, est plus puissant qu’un peuple sous tutelle. Pour le philosophe, seule la connaissance est libératrice. Il résume[...]

Philosopher avec Spinoza

L’importance persistante du religieux dans nos sociétés pourrait s’expliquer par le fait que les sciences, même au XXIe siècle, ne répondent pas à nos interrogations les plus fondamentales. En promettant l’immortalité, la survie de l’âme après la mort du corps, les religions comblent un vide. Spinoza, quant à lui, offre l’éternité : la fuite du temps est contrebalancée par la faculté qu’a notre intelligence, au moyen de la connaissance, de nous permettre de nous déplacer dans le temps, c’est-à-dire de saisir le passé le plus lointain (on évoquerait aujourd’hui le big bang) et d’anticiper l’avenir comme étant l’effet mécanique des causes actuelles. Par[...]

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Encyclopædia Universalis. SPINOZA, Baruch (1632-1677) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )