Le mot « rumeur » désigne, d’une part, un bruit confus produit par une foule ; d’autre part, la diffusion d’une nouvelle ou d’une information par le bouche-à-oreille. Dans cette seconde acception, la rumeur consiste en des propos que l’on raconte et que l’on tient d’une personne qui les a elle-même entendus de quelqu’un à qui on les avait racontés, et ainsi de suite… Souvent invérifiable, parfois fausse ou malveillante, simple ragot, racontar ou médisance, la rumeur n’est pas obligatoirement mensongère,[...]
Un phénomène très ancien
L’existence de rumeurs mensongères est attestée depuis longtemps. Aux premiers siècles de notre ère, plusieurs textes écrits par des Romains témoignent par exemple de rumeurs malveillantes qui couraient sur les premiers chrétiens. Au Moyen Âge, des rumeurs antisémites accusent les juifs de commettre des meurtres d’enfant au cours de cérémonies religieuses et provoquent de nombreux assassinats de juifs.
Des rumeurs ont également servi à justifier des coups d’État et des guerres, ou déclenché des soulèvements populaires. Ainsi, au début de la Révolution française[...]
Études sur la rumeur
Les premières analyses de la rumeur
La rumeur a commencé à faire l’objet d’études scientifiques à partir du début du XXe siècle. En 1902, le psychologue allemand William Stern publie les résultats d’une expérience qui deviendra célèbre et souvent reproduite : un groupe de personnes est aligné dans une pièce ; la première reçoit un récit et le transmet oralement à son voisin, qui le répète à son tour et ainsi de suite. Stern remarque que l’information est déformée par des oublis, des ajouts et des transformations, quand elle passe d’individu en individu.
Cependant, la fausseté des informations colportées par une rumeur ne tient pas seulement aux déformations[...]
L’exemple de la « rumeur d’Orléans »
En 1969, dans le livre La Rumeur d’Orléans,le sociologue français Edgar Morin dirige la publication d’une enquête approfondie sur une rumeur qui s’est répandue dans cette ville du centre de la France. De jeunes femmes seraient enlevées dans les cabines d’essayage de certains magasins de vêtements. Droguées, elles seraient ensuite revendues à des réseaux de prostitution à l’étranger. La diffusion de cette information a pour conséquence que les commerces ciblés, dont tous les propriétaires sont juifs, perdent leur clientèle. Cette « rumeur d’Orléans », absolument infondée, propagée sur fond d’antisémitisme, se répand à la même époque dans d’autres villes de France.
Pour Edgar Morin, elle témoigne entre autres d’une inquiétude[...]
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