Platon fut l’une des grandes figures de la pensée grecque antique, et a profondément marqué l’histoire de la philosophie occidentale. Né vers 428 av. J.-C. dans une famille aristocratique d’Athènes, celui qui se destinait d’abord au théâtre et aspirait à devenir dramaturge rencontra, vers 407 av. J.-C., le philosophe grec Socrate. Cette rencontre bouleversa l’existence de Platon qui, après presque une décennie passée auprès de Socrate, se consacra à la philosophie jusqu’à sa mort, survenue à Athènes vers 347 av. J.-C. Il n’eut de cesse de transmettre l’héritage de la pensée de son maître.
Platon fonda son école philosophique, baptisée l’Académie[...]
De l’illumination socratique au déclin d’Athènes
Dans ses œuvres, Platon met en scène son maître, Socrate, de plus de quarante ans son aîné, qui vécut sous le règne du stratège et homme d’État Périclès. Cette période, qui s’étend de 461 à 429 av. J.-C., est considérée comme l’apogée de la puissance athénienne.
Socrate souhaitait éveiller les esprits, poussé par le désir de faire sortir de leur torpeur ses concitoyens endormis et convaincus d’être en possession de vérités définitives. Plusieurs années auparavant, il avait lu, sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes, l’inscription « Connais-toi toi-même », qu’il avait prise pour précepte. Cette inscription, qui ne lui était nullement destinée, fut reçue par lui comme un appel à remplir une « mission ». À compter de ce jour, Socrate ne cessa de circuler sur l’agora, la grande place d’Athènes, et d’aborder ses concitoyens, en particulier les plus respectés, comme les grands militaires, les artistes renommés ou les orateurs éloquents. Il les interrogeait inlassablement, les poussant à se contredire. Quand ses interlocuteurs, déstabilisés, lui demandaient quelle opinion était la sienne, il leur répondait qu’il n’avait jamais prétendu être en possession d’une réponse. Son intention était seulement de les conduire du « je crois que je sais » au « je sais que je ne sais pas ». Mais, à force de perturber les aristocrates de la cité, il suscita la haine des plus puissants d’entre eux qui se liguèrent pour le traîner devant le tribunal d’Athènes. En 399 av. J.-C., Socrate, accusé de corrompre la jeunesse et de ne pas respecter les dieux, fut condamné à mort et dut boire la ciguë,[...]
La dialectique ou l’art du dialogue
Platon commence à écrire pour immortaliser Socrate en en faisant le protagoniste de ses dialogues, créant ainsi un nouveau genre littéraire. Toutefois, le personnage de Socrate, tel que présenté dans les écrits de Platon, correspond-il à celui qui a réellement existé ? Est-il le porte-parole de Platon ? Ces questions resteront à tout jamais irrésolues, car Socrate n’a rien écrit.
Le rôle de Socrate évolue dans les dialogues de Platon (son œuvre en compte une vingtaine, ainsi que plusieurs lettres), qui peuvent être divisés en trois grands ensembles.
Un premier ensemble comprend les dialogues écrits peu après la mort de Socrate, qualifiés d’« aporétiques », adjectif dérivé d’un terme grec signifiant « sans solution ». Il est possible que, dans ces premiers textes (parmi lesquels Hippias, Lachès et Protagoras), Platon ait eu pour principale intention d’immortaliser son maître. Dans ces dialogues, Socrate fait parcourir à ses interlocuteurs le « chemin négatif vers la vérité » (formule que l’on trouve dans une des lettres authentifiées de Platon, la lettre no 7). Le philosophe explique qu’avant de découvrir la vérité il est nécessaire de se débarrasser de ses idées préconçues, de ses préjugés et de ses opinions erronées.[...]
Le monde sensible et le monde des Idées
Pour Platon, tout part du langage. Qu’est-ce que les mots désignent ? Que désigne par exemple le mot « feuille » ? Non pas une réalité tangible, non pas telle feuille particulière, puisque, en ce cas, le mot « feuille » serait un nom propre et ne pourrait désigner qu’une seule feuille. Le mot « feuille » renvoie à l’idée de feuille, à ce que toutes les feuilles ont en commun et qui fait qu’elles sont bien des feuilles, et non pas des fleurs ou des fruits. Les feuilles des arbres, comme tous les objets que nous percevons, ne sont, d’après le philosophe, que des copies approximatives des modèles éternels qui se situent dans le monde des Idées. Le fait même que nous puissions nous exprimer prouve que notre esprit a été ou est encore en contact avec ces réalités invisibles qui ne peuvent exister que dans une dimension plus élevée que la nôtre.
Le texte le plus pédagogique de Platon, consacré à la théorie des Idées, est la célèbre allégorie de la caverne, qui est exposée dans le dialogue intitulé LaRépublique. Socrate nous y demande d’imaginer des prisonniers qui ont toujours vécu enchaînés au fond d’une caverne, et qui font face à la paroi de celle-ci. Ils n’ont jamais vu que les ombres qui défilent sur cette paroi et ignorent qu’un feu derrière eux y projette[...]
Philosopher avec Platon
Un penseur du début du XXe siècle a pu écrire que les philosophes n’ont rien fait d’autre depuis deux mille ans que de laisser des notes au bas des pages des dialogues de Platon. La formule est sans doute excessive ; elle a cependant le mérite de souligner la place particulière du penseur grec dans le panthéon[...]
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