Épicure fut l’un des principaux philosophes grecs de l’Antiquité. Né en 341 av. J.-C. sur l’île de Samos (proche de l’actuelle Turquie), le penseur fonda, en 306 av. J.-C., son école, le Jardin, ainsi appelée en raison du jardin entourant la propriété athénienne qu’il avait acquise. Il dirigea cette école jusqu’à sa mort, survenue à Athènes en 270 av. J.-C.
D’Épicure, on n’a conservé que trois lettres (à Pythoclès, à Hérodote et à Ménécée)[...]
Une époque troublée
Faut-il considérer comme paradoxal le fait que deux des principales écoles philosophiques grecques, le stoïcisme et l’épicurisme, soient apparues presque en même temps, aux IVe et IIIe siècles av. J.-C., soit après l’époque de la Grèce dite « classique » (Ve et IVe siècles av. J.-C.), qui a donné naissance à la science et à la philosophie ? Si l’on accepte l’idée que c’est lorsque tout va mal qu’on a besoin de philosophie, le paradoxe disparaît. En effet, après cette période que l’écrivain et philosophe français Ernest Renan qualifiera de « miracle grec », Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) a soumis l’ensemble de la Grèce[...]
Le matérialisme épicurien
Épicure affirme, après les fondateurs de l’atomisme grec Leucippe et Démocrite (env. 460-env. 370 av. J.-C.), qu’il n’existe rien d’autre dans la nature que les atomes et le vide : les atomes, particules insécables (c’est le sens du mot grec a-tomos) et éternelles, qui se combinent pour former tous les corps que nous observons ; le vide, sans lequel les atomes ne pourraient pas se déplacer ni se combiner les uns aux autres.
Mais la physique n’est pas une fin en soi. Elle n’est qu’un moyen au service d’un unique objectif : nous débarrasser de deux peurs qui empoisonnent nos existences, la peur des dieux et la peur de la mort. S’il existe des dieux (créatures naturelles supérieures aux humains), ils ne se préoccupent pas des humains et ceux-ci ne devraient pas se préoccuper d’eux. Quant à la mort, elle n’est « rien pour nous » : nous ne la vivrons jamais, puisque pour vivre un événement[...]
Vivre « comme un Dieu parmi les hommes »
Épicure préconise le contraire d’une vie dissolue, à l’opposé de la caricature qui fut faite de son école, du vivant même du philosophe. Cette caricature fut reprise et développée dans les premiers siècles de notre ère par les théologiens chrétiens en raison de son matérialisme jugé inacceptable. Le penseur vante un mode d’existence qui se situe aux antipodes de la simple recherche du plaisir des sens et de la jouissance immédiate de la bande de « pourceaux » (porcs) que certains l’accusaient de former avec ses disciples. Dans le Jardin d’Épicure, on se nourrit avec frugalité, on boit de l’eau de source et l’on consomme du fromage de chèvre.
Pour vivre heureux, il faut comprendre que le plaisir n’est en réalité rien d’autre que l’arrêt de la douleur. On apprend donc à se[...]
Philosopher avec Épicure
Notre époque ressemble à bien des égards à la période de déclin au cours de laquelle Épicure a construit sa philosophie. Même si les préoccupations écologiques ont commencé à limiter les excès de la société de consommation,[...]
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