René Descartes fut un savant et un philosophe français du XVIIe siècle, qui ouvrit la voie à la science comme à la philosophie modernes. Curieux de tous les phénomènes liés à la nature, qu’il s’agisse de physique, d’astronomie ou de biologie, mais aussi des disciplines qui aident à la compréhension du monde, telles que les mathématiques ou la philosophie, il a introduit une rupture dans la pensée occidentale et formulé le principe du Cogito, ergo sum, locution latine qui signifie « Je pense, donc je suis ».
Né le 31 mars 1596 à La Haye-en-Touraine (aujourd’hui appelée Descartes, en Indre-et-Loire), René Descartes fut admis vers 1607 chez les jésuites, au collège royal de La Flèche. Il effectua des études de droit et, après une brève carrière militaire, entreprit divers voyages (dans l’actuelle Italie, notamment), avant de s’installer à Paris, en 1625.[...]
Un précurseur de la science moderne
Autant savant que philosophe, Descartes a investi de nombreux domaines de la connaissance. En mathématiques, il a contribué à fonder une nouvelle géométrie, la géométrie analytique, et mis au point un passage entre l’algèbre et la géométrie plane. Il a également participé, en physique, à l’élaboration des lois de l’optique, et en particulier celles de la réfraction, encore enseignées dans les lycées de nos jours. En tant que philosophe des sciences, Descartes a partagé et fait circuler les thèses du savant italien Galilée (1564-1642), en dépit de la condamnation de ce dernier par l’Église, en 1633. Comme Galilée et les tenants de la science nouvelle, Descartes souhaitait développer une conception mathématique de la nature, reposant sur la rigueur, malgré les croyances religieuses de son époque.
Selon Descartes, la science doit porter sur ce qui est connu avec certitude. C’est ce qu’il explique dans un de ses textes fondateurs, le Discours de la méthode (1637), publié en français et non en latin, comme c’était l’usage jusque-là (le latin était considéré au Moyen Âge, et jusqu’au XVIIe siècle, comme la langue du savoir). Cet ouvrage[...]
Le mécanisme cartésien
La méthode que Descartes propose consiste à « faire comme si » les animaux n’étaient rien d’autre que des machines, son disciple Nicolas Malebranche (1638-1715) utilisant même l’expression « animal machine ». Descartes a en effet comparé les nerfs à des ficelles ou le cœur à une chaudière, s’inspirant des technologies de son temps (de la construction des automates en particulier, très performante au XVIIe siècle). Si ces images peuvent faire sourire, il ne faut pas pour autant les tourner en ridicule : nous faisons de même, au XXIe siècle, en comparant l’œil à une caméra ou le cerveau à un ordinateur.
Cette conception d’« animal machine » est en fait l’application aux êtres vivants de la thèse dualiste de Descartes, selon laquelle n’existent que deux substances, deux dimensions : celle de l’étendue, celle des corps (dite en latin res extensa) et celle de la pensée (appelée res cogitans). À partir de ce postulat,[...]
La découverte du sujet
Le philosophe est aussi l’inventeur du « cogito », du « je pense », qui apparaît pour la première fois dans le Discours de la méthode avant d’être exploré, en 1641, dans les Méditations métaphysiques. En effet, Descartes a le premier construit un « nouvel édifice » philosophique centré sur l’homme, et non plus sur Dieu ou sur des forces cachées. Pour lui, le sujet pensant prend conscience de lui-même à travers l’épreuve du doute méthodique. Il s’agit d’identifier une certitude qui ne puisse être mise en doute. Quelque chose échappe au doute le plus radical : l’activité pensante dont je fais l’expérience. Si je doute que je doute, c’est que je pense, donc mon existence en tant que chose pensante échappe elle-même à toute remise en cause.
Si « je pense » signifiait « je réfléchis », Descartes se contredirait, puisque, dans son doute radical, il a rejeté tous les raisonnements. Toutefois, pour le philosophe, le verbe « penser » a un sens large, celui de raisonner, mais aussi de vouloir, d’imaginer, de sentir… En réalité, « je pense » signifie « j’éprouve », j’ai un « ressenti », dirait-on de nos jours, comme le démontre une formule capitale des Principes de la philosophie (1644). Dans l’article 9 de cette œuvre, l’auteur explique : « Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes ; c’est pourquoi[...]
Le libre arbitre
« Je pense » signifie de la même façon « je fais l’expérience de ma liberté ». Cela revient à affirmer que je m’engage, et que je choisis un chemin sans avoir la certitude que ce chemin sera le bon, ce qui me permet de me débarrasser de tous les regrets et les remords. La liberté relève de cette vie intérieure qui est indiscutable : « Notre liberté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons. » Descartes compare les êtres humains à des voyageurs perdus dans la forêt, qui doivent décider de marcher dans une direction sans avoir la moindre certitude concernant leur point d’arrivée (ce passage se situe dans la troisième partie du Discours de la méthode).
À la formule « Je pense donc je suis », Descartes substitue une autre affirmation : « Je pense donc Dieu est ». Il signifie par-là que l’expérience du « Je pense » est indissociablement l’expérience d’une[...]
Philosopher avec Descartes
L’importance de Descartes est donc double et tient d’une part à la façon dont il a jeté les bases de la science moderne, en montrant que la nature peut être observée et étudiée avec rigueur et qu’elle est régie par des lois ; d’autre part, au fait qu’il a profondément et durablement marqué la philosophie, en proposant une conception moderne, centrée sur le sujet. Son œuvre vise à bâtir un savoir rationnel sur l’homme[...]
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